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Rencontre avec le frère Jean-Jacques

Nos prêtres sont tous différents et ils ont tous leur histoire avec le Seigneur, individuelle, passionnante, réjouissante… et ils en ont fait quelque chose.

Le frère Jean-Jacques a un attachement profond aux plus petits d’entre nous et s’attache à les relever, sans se départir de son humour ni de son franc-parler ! Lisez son témoignage :

Un début qui en dit déjà long

Jean-Jacques pense avoir reçu la vocation de prêtre vers l’âge de 10 ans, en allant à la messe avec sa grand-mère.

Il a fait sa profession de foi en 73, avec 50 autres enfants de motivations très prosaïques : pour eux, le cycle de caté terminé signifiait qu’enfin ils seraient tranquilles, qu’enfin serait finie la corvée de la messe chaque dimanche, qu’enfin ils auraient reçu leurs cadeaux et fait un bon gueuleton. Mais Jean-Jacques, presqu’à son étonnement aussi, continue à aller à la messe le dimanche après sa profession de foi… et devient même enfant de cœur.

En 76, son curé l’inscrit au pèlerinage à Lourdes : il en tombe amoureux. Pourtant, à 17 ans, il n’y comprend pas tout. C’est par exemple la 1e fois qu’il entend parler latin.

L’été 76, il va sur le champ de foires du village et y rencontre les forains. Séduit, curieux, il va donner des coups de main. La famille est bouleversée par son attitude de proximité. Il va y aller tous les jours, se fondre dans tout ce qui est la fête foraine, va les suivre, connaître leur vie. Sa grand-mère, suspecte au départ par rapport aux forains, va les rencontrer aussi et changer d’avis sur eux.
Jean-Jacques suit un parcours avec eux, et les accompagne encore aujourd’hui, prépare les communions des petits.. Ce sont finalement des gens normaux, qui vivent dans des caravanes et pas dans des maisons, qui vivent leur foi différemment parce qu’ils travaillent le dimanche, dont la scolarité des enfants est compliquée à cause de leur itinérance, etc, mais ce sont des choix de vie, ils restent des êtres humains normaux.

Une vie active très active

Jean-Jacques entre en 79 dans la vie active après avoir obtenu un CAP de chaudronnier. Il vit dans le milieu ouvrier, mais va toujours le week-end sur les champs de foire, et toujours chaque année à Lourdes (en 2016, Jean-Jacques a fêté ses 40 ans de pèlerinages à Lourdes !).

Après son service militaire, Jean-Jacques passe du secteur privé (métallurgie) au secteur public : il devient fonctionnaire de la communauté urbaine en tant qu’électricien.

C’est à ce moment qu’il va prendre sa 1e carte syndicale.

Dans son activité professionnelle, Jean-Jacques part faire de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC).

En 86, il découvre le monde de la radio et devient animateur d’une radio locale, les samedis et dimanches.

Le directeur de la radio ouvre par ailleurs une discothèque où il va travailler les week-end. Il découvre le monde de la nuit. Il y tient le bar : tout le monde s’est toujours confié au barman :). Jean-Jacques n’a jamais caché sa foi, et cela va donner encore plus confiance aux danseurs de la nuit qui se livreront encore davantage.

Tout son parcours est là : au syndicat, à la radio, en discothèque… Jean-Jacques est au cœur des misères du monde.

Puis il va quitter son poste d’électricien pour devenir Secrétaire Générale de l’union locale (inter-professionnel) : il va s’occuper « de tous ceux qui sont dans la merde ». Il sera en permanence à l’écoute du monde.

Jean-Jacques est dans le monde, tout en continuant sa mission d’animation à l’église. Il est en mission dans le monde pour accompagner, écouter, sans juger. Il a de la compassion, de l’amour pour les gens.

Une vie paroissiale mouvementée

En 76, son curé est très malade et un nouveau prêtre arrive. Jean-Jacques prend le poste de lecteur (il n’y avait pas encore d’ordre mineur), est responsable des musiques (à l’époque, il fallait mettre des disques pour les chants), a la charge des pèlerinages…

En 83, il se rapproche du service diocésain des vocations, pour se préparer à rejoindre le séminaire. Malheureusement sa mère tombe malade. Jean-Jacques est fils unique, son père marin-pêcheur (part 8 jours en mer, reste 2 jours, puis repart) : il choisit de rester avec sa mère.

Ses responsabilités à la paroisse augmentent : Jean-Jacques devient animateur liturgique, est responsable des chants, des prières, de construire une équipe, il fait aussi l’aumônerie pour préparer les 6e à leur profession de foi, a la charge des pèlerinages…

Parallèlement, il va se former pendant 4 ans : avec des prêtres et religieux qui viennent tous les 15 jours faire des cours avec le diocèse.

En 89/90, le curé de sa paroisse part. Il est remplacé par un nouveau qui ne veut plus de Jean-Jacques. Les paroissiens voyaient bien pourtant tout le travail qu’il faisait et l’appelaient d’ailleurs « le petit curé », mais le nouveau curé le vire du jour au lendemain.

Jean-Jacques se retrouve orphelin de paroisse. C’est une grosse claque, dure à digérer. Il se détourne de Dieu et de ces prêtres.

Bon, il faut reconnaître que Jean-Jacques était déjà en marge : il est opposé aux dogmes et aux institutions qu’il trouve archaïques. Par exemple, quand un divorcé remarié venait lui dire que le curé refusait qu’il communie, Jean-Jacques lui disait d’y aller quand même, en expliquant que la communion est une histoire d’amour entre Dieu et la personne. Une belle manière de voir les choses, mais qui ne plaisait pas au curé. Autre exemple : Jean-Jacques a soutenu monseigneur Gaillot, qui sera viré par Jean-Paul II, et s’est notamment occupé de son comité de soutient. On peut dire qu’il les cumulait :).

Il déménage pour son travail et rencontre les Missionnaire de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, plus connus sous le nom de Mormons : il avancera avec eux pendant 10 ans.

En parallèle de tout ça, il continue à être responsable du pèlerinage à Lourdes de sa paroisse (5 clochers, 20 000 habitants) que tous les paroissiens continuent de suivre.

Il suit donc plusieurs années un parcours catho – mormon : pour arriver à la conclusion que l’un et l’autre sont pareils. Ils croient en la Trinité, ils ont des prêtres (mariés chez les Mormons), ils communient (au pain et à l’eau chez les Mormons où l’alcool est interdit), ils font les mêmes sacrements… grâce à Jean-Jacques, les 2 communautés vont se rencontrer, et Jean-Jacques apprend à travers cette aventure : l’œcuménisme. Finit le « hors de l’Église romaine, point de salut ». Mais Jean-Jacques découvre que les Mormons ont une doctrine aussi coincée que les Romains (« tu ne peux pas baiser avant le mariage », tu ne peux pas être baptisé si tu vis dans le péché…), alors il se dit que, dans ce cas, autant retourner chez les Romains, mais on lui fait comprendre qu’il n’a pas sa place.

Il découvre alors l’Église Catholique Gallicane de Reims qui lui plaît : il y a le diaconat des femmes, les prêtres peuvent être mariés, les homos sont acceptés… voici enfin l’Église dont il a besoin : il y reçoit les ordres mineurs jusqu’à la prêtrise en 2015.

Jean-Jacques prêche, parle de cette Église et séduit son entourage. Alors le clergé romain se rebelle : ils prêchent contre lui, ils ne lui disent plus bonjour : il doit sentir mauvais ?, mais il transpire le Christ, et les paroissiens le suivent.

Il aménage sa chapelle chez lui, à 20km de son ancienne paroisse romaine : ce n’est pas pratique pour les personnes qui souhaitent le suivre, mais personne n’est prophète en son pays…

Lors des pèlerinages qu’il organise toujours, les personnes lui demande de célébrer la messe. Jean-Jacques leur explique que c’est difficile car il n’est pas prêtre romain, mais les gens menacent alors de partir s’il ne concélèbre pas. Et il a pu le faire finalement, facilement, souvent. A Fatima, à Lourdes, en Belgique, à St Omer, à Venise, il a même été invité à concélébrer à Rome avec le pape François.

Mais tout cela l’a fait virer, encore, de son Église, les Catholiques Gallicans de Reims : Jean-Jacques leur semblait davantage Romain que Gallican.

Jean-Jacques trouve enfin l’équilibre dans l’Église Apostolique Œcuménique, la nôtre, et l’intègre mi 2019. Il s’y sent très bien et n’a pas envie de changer. Ouf. Elle rassemble les valeurs d’ouverture qu’il recherchait au début de sa vie, et d’œcuménisme qu’il a apprises et sont devenues importantes pour lui.

Ses points de bataille

Jean-Jacques ne supporte pas l’injustice. Il ne supporte pas qu’on écrase les hommes ou les femmes parce qu’on a un petit pouvoir, c’est selon lui la nouvelle pauvreté : le manque de connaissance de ses droits humains.

Jean-Jacques souhaite remettre les gens debout, comme Jésus les a remis debout. Il a beaucoup d’amour pour les autres et comprend ceux qui lui ont dit : « Que veux-tu qu’on aille foutre dans leur église ? A l’intérieur ils bouffent jésus, à l’extérieur ils se bouffent la gueule ». Quelle image ils donnent ? Jean-Jacques veut donner l’image du Christ.

Jean-Jacques souhaite vivre pleinement la communion, arrêter que l’œcuménisme soit une façade. Il s’appuie sur le texte où Jean-Paul II dit : « qu’ils ne soient qu’un » ou « vous devez prier et concélébrer avec les Églises sœurs ». Une église sœur est une Église catholique, dont la succession apostolique valide, ce qui est notre cas à l’Église Apostolique Œcuménique. Nous avons tous tous la même mission : annoncer la Bonne Nouvelle.

Sa chapelle est à Merckeghem près de Dunkerque : n’hésitez pas à passer lui dire bonjour, il vous accueillera avec amour, humour et franc-parler ! 🙂